M-Paiement – Inclusion financière : forces et faiblesses du modèle tunisien

 

North Africa Banking Exhibition 2016 
Cairo, 8-9 novembre 2016 au Caire - EGYPTE

Le club DSI TUNISIE était présent à cet événement par la participation de Monsieur Slim Mezghenni, membre du Club et DSI de Taysir Microfinance. Il était le modérateur d'un panel au tour du sujet : "M-Paiement – Inclusion financière : forces et faiblesses du modèle tunisien". 
Cette session a été une occasion supplémentaire de réunir des professionnels des systèmes d’Information bancaires pour discuter des derniers développements et de l’innovation au sein de la technologie dans le secteur bancaire dans la région.

 

North Africa Banking Exhibition 2016 Cairo, 8-9 nov - à JW Marriott Hotel Cairo. Panel discussion: The future of consumer payments: What role banks play in providing services to the unbanked ? Moderator : Slim Mezghenni, Head of Technology.

North Africa Banking Exhibition 2016 Cairo, 8-9 nov - à JW Marriott Hotel Cairo. Panel discussion: The future of consumer payments: What role banks play in providing services to the unbanked ? Moderator : Slim Mezghenni, Head of Technology.

 

(CIO Mag) – Le « North African Banking Technology 2016 Exhibition » a eu lieu au Caire (JW Mariott) du 8 au 9 novembre 2016. Cette session a été une occasion supplémentaire de réunir des professionnels des systèmes d’Information bancaires pour discuter des derniers développements et de l’innovation au sein de la technologie dans le secteur bancaire dans la région. Partant du fait que l’accès au service financier est devenu un phénomène clé pour le développement économique et la réduction de la pauvreté, la microfinance est un moyen de lutter contre la pauvreté. Cependant, en dépit de l’impact positif de la microfinance, bon nombre de personnes sont exclues des services financiers. S’exprimant devant un panel modéré par Slim Mezghenni sur le rôle que les banques jouent dans la prestation de services à la population non bancarisée en termes de moyens de paiements, les panélistes ont noté l’écart entre la pénétration mobile et le taux de bancarisation dans les pays africains et ont insisté sur le rôle majeur à jouer par les institutions de microfinance, les banques et les fournisseurs de technologie pour combler le fossé.

Le mobile paiement est la solution

La prolifération de l’utilisation des téléphones mobiles et d’autres technologies innovatrices permet aux non bancarisés, surtout en milieu rural, d’accéder aux services financiers à un coût abordable. Cela constitue ainsi un canal complémentaire pour progresser vers une inclusion financière universelle. Tout au long de la chaîne de valeur, on considère que l’accès aux services financiers améliore la qualité de vie car il permet aux clients d’accéder aux dits services à n’importe quel moment et de n’importe où par l’utilisation des technologies modernes qui permet la fourniture de services financiers de manière commode et efficace à travers l’utilisation de la banque mobile (M-paiement).

Le M-paiement promet d’accroître l’efficacité et la diffusion des services financiers dans les pays en développement. Avec une population de 11.6 millions, un taux de bancarisation de 47%, un taux d’acquisition de téléphones mobiles qui s’élève à 131% et avec une facilité d’accès à internet toujours plus grande principalement due à une grande pénétration de la téléphonie mobile et à un réseau Télécom bien développé qui assurent un accès internet mobile même en dehors des zones urbaines, la Tunisie représente un marché potentiel pour le paiement mobile. Du coup, l’inclusion financière digitale s’avère une nécessité parce qu’elle permet de s’adresser à une population que les banques ne touchaient pas jusque-là.

Les nouvelles générations, adeptes du digital, sont à la recherche de simplicité et d’efficacité dans leur quotidien, y compris au moment du paiement. La Banque mondiale a identifié l’inclusion financière comme un instrument pour lutter contre la pauvreté et atteindre un accès financier universel d’ici 2020.

Le modèle tunisien du M-Paiement

En Tunisie, on a opté pour un modèle de coopération, où les opérateurs mobiles, les banques et les institutions de microfinance ainsi que la Poste coopèrent, se partagent la chaîne de valeur et les tâches et font un modèle commun avec la création d’un écosystème. D’un côté, nous avons les trois opérateurs mobiles pour garantir l’interopérabilité et de l’autre côté, la Poste, les institutions de microfinance et les banques qui s’adressent à la fois aux bancarisés et non bancarisés. La Banque centrale de Tunisie (BCT) intervient pour garantir la sécurité du système à travers la supervision, et veille à l’équilibre de la masse monétaire pour ne pas permettre la création d’une masse monétaire fictive avec la société Monétique Tunisie qui assure le rôle de switch national.

Mais ce modèle présente des insuffisances car il ne permet pas le développement du mobile paiement du fait qu’on est obligé de passer par les banques ou la Poste Tunisienne pour recharger les cartes prépayées avant d’effectuer des opérations de paiement à travers le téléphone mobile. La solution, c’est de permettre à d’autres acteurs de l’écosystème de commercialiser les moyens de monnaie électroniques prépayés à l’instar d’autre pays africains.

Le Modèle dans certains marchés Africains

Au Kenya, à Madagascar, en Tanzanie et en Ouganda, les opérateurs mobiles sont autorisés à offrir des services de monnaie mobile. Dans ces pays, le nombre de comptes de monnaie mobile est supérieur au nombre de comptes bancaires. M-PESA, le service de paiement et de transfert exploité par Safaricom, est maintenant utilisé par 18 millions de Kenyans (contre seulement 7 millions de Kenyans ayant des comptes bancaires). Du point de vue du régulateur, les préoccupations liées à la capacité des opérateurs mobiles de pouvoir offrir des services de paiement peuvent être résolues par la Loi n° 2016-48 du 11 juillet 2016 relative aux banques et aux établissements financiers.

« Article 20 : les services de paiement prévus à l’article 10 de la présente loi sont exercés par un établissement financier résident qui s’y adonne à titre d’activité spécialisée, en qualité d’établissement de paiement. L’établissement de paiement n’est pas habilité à exercer les opérations de paiement dont l’exécution se fait au moyen de chèque, lettre de change, mandats postaux émis ou payés en espèces et tout autre titre équivalent. L’établissement de paiement peut commercialiser des moyens de monnaie électroniques prépayés, émis par les banques ou la Poste Tunisienne, et exercer l’activité de change manuel conformément à la législation en vigueur. Les établissements de paiement ne sont pas soumis aux dispositions du titre IV de la présente loi, relatives à la gouvernance des banques et des établissements financiers. La Banque Centrale de Tunisie définit, par circulaire, les règles de gouvernance propres à ces établissements. La Banque Centrale de Tunisie fixe les conditions d’application du présent article. »

Fort de ce qui précède, la solution pourrait être mise en place en accélérant la publication du décret qui permettrait à des établissements de paiement agréés de commercialiser les moyens de monnaies électroniques prépayés émis par les banques ou la Poste. Objectif ? Au lieu d’ouvrir de nouvelles succursales, les banques pourront travailler à travers les magasins locaux qu’ils autoriseront à fournir des services spécifiques au nom de la banque. En fait, avec la participation des intermédiaires financiers et les opérateurs mobiles, on va pouvoir atteindre un nombre important de clients à faible revenu et non bancarisés, faisant passer des millions de foyers (principalement des personnes à faible revenu) d’une économie monétaire au système financier formel.

 

Slim Mezghenni, DSI
Cadre bancaire informaticien